Depuis quelques temps, de nombreux préparateurs physiques et coachs sportifs se rendent au showroom Sport Protech afin de venir dénicher les dernières innovations à intégrer lors de leurs entrainements. Ces derniers s’y rendent pour proposer des séances de coaching tant ludiques qu’efficaces en matière de préparation physique. De ce fait, nous pensons qu’il est important de faire un focus sur ce métier en plein développement en vous expliquant précisément tout ses détails. C’est dans cette optique que Xavier Frezza, préparateur physique d’athlètes professionnels et amateurs, s’est confié à Sport Protech lors d’une interview.

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XAVIER, PEUX-TU TE PRESENTER ?

« Je m’appelle Xavier FREZZA, je suis préparateur physique depuis plus d’une dizaine d’années et je fais aussi du coaching sportif. Plus précisément, je suis préparateur physique auprès d’athlètes professionnels et je suis coach sportif au sein de mon centre d’entrainement à Gerland, ouvert depuis 7 ans.

Dans mon centre d’entrainement, nous avons une petite équipe qui propose des séances de coaching sportif sur des personnes ayant des objectifs de perte de poids, de remise en forme, etc… avec de façon générale un objectif de santé et de bien-être. Concernant la partie sportifs professionnels et athlètes de haut niveau, nous sommes dans une optique de développement de la performance et la prise en charge ne sera pas du tout la même. C’est-à-dire qu’entre une personne qui fait du sport pour son plaisir et bien-être, et une personne qui fait du sport uniquement pour développer ses performances dans le cadre de son métier, nous abordons les choses différemment. Sur ces dernières personnes, il y a beaucoup plus de contraintes. »

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A QUEL MOMENT AS-TU COMPRIS QUE TU FERAIS DU SPORT TON TRAVAIL ?

« A l’école, c’était assez compliqué pour moi d’être sur un banc tout seul et j’avais besoin de bouger, d’être sur le terrain et en activité. J’ai fait du tennis à un bon niveau et je faisais un peu de musculation donc je me suis orienté très vite vers le sport. Très jeune j’ai commencé de donner des cours de tennis dans mon club pour rendre service et le fait d’encadrer du public m’a vraiment plu. Je me suis donc naturellement orienté vers ce métier. J’ai donc été professeur de tennis avant d’être préparateur physique où je suivais en parallèle mes formations à la FAC puis en BP JEPS. J’ai pu enchainer avec plusieurs casquettes et il s’est avéré que la profession de préparateur physique m’a plus plu que celle de coach sportif. La première citée permettait de m’ouvrir plus de portes avec un public bien ouvert et plus large que le métier de coach de tennis. »

Préparation physique

AUJOURD’HUI, TU TRAVAILLES PLUS FREQUEMMENT AVEC DES FOOTBALLEURS QUE DES TENNISMEN, POURQUOI CETTE ORIENTATION ?

« J’ai eu la chance de faire la rencontre de Robert DUVERNE, préparateur physique de l’Equipe de France et de l’Olympique Lyonnais, et de pouvoir travailler avec lui pendant deux ans. J’ai donc pu apprendre à ses côtés sur ses méthodes de travail et développer mon réseau auprès de footballeurs professionnels. »

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QUELLE EST TA JOURNEE TYPE DE COACH SPORTIF ? DE PREPARATEUR PHYSIQUE INDIVIDUEL ?

« J’ai deux journées types différentes. La première, dans mon centre d’entrainement où j’enchaine les séances d’entrainement. Nous proposons des séances individuelles uniquement sur rendez-vous afin de proposer une qualité de travail optimale.

En revanche dans mon métier de préparateur physique, c’est différent puisque j’enchaine les déplacements, même si je reçois de temps en temps des sportifs dans mon centre. Les déplacements sont obligatoires car les joueurs sont en contrat avec leurs clubs respectifs et sont soumis à des séances quotidiennes, donc c’est à moi de me déplacer vers eux. C’est d’ailleurs un service que les athlètes professionnels apprécient car ils recherchent une expertise et une expérience bien particulière. Quand ils me reçoivent, c’est aussi un plaisir pour eux car je pars du principe que la préparation physique est difficile mentalement et physiquement donc il est important pour le sportif de passer un moment agréable, sous la forme d’un entrainement ludique. Nous mettons donc tout en place pour faire vivre un moment privilégié à l’athlète même si la séance est difficile. »

QUEL EST TON TYPE DE SPORTIF LE PLUS DIFFICILE A GERER ?

« Avec un footballeur professionnel, le fonctionnement est assez simple car un objectif est défini entre lui, le club et moi, et nous n’avons plus qu’à avancer dans cette direction pour atteindre cet objectif. En revanche, dans le coaching en salle, cela peut paraitre plus compliqué avec des profils qui sont beaucoup plus réservés et qui n’osent pas dire ce qu’ils ressentent. Chez les sportifs avec qui je travaille depuis quelques temps, je connais leurs objectifs, leurs limites et le moment où la charge de travail peut être augmentée. En revanche, avec les sportifs qui s’expriment peu, je ne connais pas leurs limites. Parfois même, certaines personnes qui viennent dans le centre ne connaissent pas leurs limites car elles ne les ont jamais recherchées ni atteintes. Ce n’est donc jamais évident de savoir doser et apprécier le travail à réaliser. »

QUAND LES JOUEURS PROFESSIONNELS FONT APPEL A TOI, C’EST POUR DES BESOINS SPECIFIQUES, MAIS QUI EVALUE CES BESOINS ?

« Il faut savoir que mon interlocuteur reste le joueur. Les clubs sont très souvent réticents à cette charge de travail supplémentaire car ils ne savent pas ce que je propose, qui je suis, donc je comprends cette réticence. Ce qu’il faudrait, c’est un travail entre le club et le préparateur physique avec un échange constructif, mais ce n’est malheureusement pas tout le temps le cas. Avec les tests physiques que le joueur effectue en club, il est possible pour moi de récupérer ses données et ses résultats et de les ajouter à ceux que je réalise avec lui. On observe également les attitudes du joueur de football sur le terrain car c’est ce qui reste l’élément principal. Un joueur se doit d’être performant sur le terrain, malgré toutes les statistiques que nous pouvons sortir.

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On part donc d’un constat chiffré ajouté à ce qu’on observe sur le terrain afin de mettre en place une programmation adaptée au calendrier. Le joueur de football joue très régulièrement en compétition, c’est donc à nous de nous adapter sur la planification des séances et des charges de travail. On va donc pouvoir axer le travail sur le foncier si le joueur ne parvient à être endurant que 60 minutes, sur de l’explosivité, la qualité d’appuis, etc… Il peut y avoir une multitude de catégories de travail différentes en plus de la prévention des blessures. L’objectif est une plus-value que le club n’est pas capable d’apporter au sportif. Généralement, dans les clubs de football professionnels, il y a deux préparateurs physiques dans le staff pour 30 ou 35 joueurs, l’individualisation est donc très faible. Cette valeur ajoutée aura pour but que le joueur soit à 100% de ses capacités physiques.

Comme je le dis souvent, dans les clubs, les joueurs s’entrainent tous ensemble à 99 % du temps sur des séances communes alors que certains font plus de 1,90 m alors que d’autres n’en font que 1,70 m, certains sont défenseurs centraux alors que d’autres sont attaquants. Même si les choses tendent à évoluer, l’individualisation, dans les clubs professionnels, n’est encore pas utilisée de façon optimale et c’est donc un frein à la performance. En tant que préparateur physique individuel, je suis là pour aider à lever ces freins. »

LES SPORTIFS PROFESSIONNELS EVOLUENT ET N’HESITENT PAS A FAIRE APPEL A DES PREPARATEURS PHYSIQUES OU DES PROFESSIONNELS DE SANTE POUR AMELIORER LEURS PERFORMANCES, AS-TU REMARQUE CES 10 DERNIERES ANNEES UNE EVOLUTION DANS LE METIER DE FOOTBALLEUR PROFESSIONNEL ?

« Il y a une véritable évolution dans les staffs avec la personnalisation qui prend de plus en plus d’importance, même si quelquefois il y a la présence d’un petit côté « bling-bling », c’est-à-dire que certains font appel à des méthodes ou certains coachs dans le but de faire la même chose qu’un autre sportif.

Personnellement, j’aime bien que le travail soit constructif en proposant des séances ayant des objectifs initialement définis et non parce que c’est bien vu de faire appel à des coachs. Les sportifs vont donc avoir tendance à s’entourer facilement d’un coach personnel, d’un préparateur mental, d’un ostéopathe, d’un kinésithérapeute… pour avoir ce petit plus. Il faut tout de même savoir que les staffs des clubs sont déjà bien fournis au niveau des nutritionnistes et des kinésithérapeutes, contrairement à l’ostéopathie par exemple. La tendance pour un athlète professionnel est donc cette volonté d’aller chercher plus loin afin d’optimiser ses performances, à l’instar d’un Cristiano Ronaldo ou d’un Zlatan Ibrahimovic. »

QUELLES SONT TES SOURCES D’INSPIRATION EN TANT QUE PREPARATEUR PHYSIQUE ?

« Comme beaucoup de monde, je regarde beaucoup ce qu’il se fait un peu partout, via de la lecture ou les réseaux sociaux comme Instagram où il est possible de trouver de très bonnes idées. En revanche, je réadapte toujours ce que je vois afin de ne pas faire un simple copier-coller. C’est important de se réapproprier les nouvelles méthodes et nouveaux exercices car quand l’on voit un mouvement sur les réseaux sociaux, on ne sait pas ce qui a été mis en place, combien de temps a duré l’effort.

Préparateur physique est un métier où il est primordial de se remettre en question constamment pour proposer des séances et exercices innovants à ses athlètes, permettant de garder un aspect ludique. Il faut être capable de se renouveler constamment dans les types d’entrainement, dans le matériel utilisé en proposant les dernières technologies puisque c’est un milieu où tout évolue très vite. Toutes les innovations ne sont pas bonnes à prendre mais il faut se renseigner sur ce qui existe, tester et en tirer ses propres conclusions. Certains préparateurs physiques vont apprécier des outils plus que d’autres, c’est ce qui fait aussi que c’est de la préparation individuelle qui est fournie au sportif. Personnellement, je n’utilise pas de méthode brevetée mais avec plus de dix ans d’expérience, j’ai mes propres méthodes de travail. »

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TES SPORTIFS DANS LE MILIEU PROFESSIONNELS SONT-IL COMPLIQUES A GERER ?

« Je n’ai jamais eu de grands problèmes puisque j’ai toujours eu la chance de travailler dans un cercle relativement fermé où tout le monde se connait, donc je n’ai jamais eu de mauvaises surprises. Le milieu du football professionnel reste un secteur particulier car ce sont des athlètes très connus, les relations peuvent être différentes, mais dans l’ensemble, je travaille avec de supers joueurs humainement. J’en viens même à faire l’apologie des joueurs parce qu’ils n’ont pas toujours bonne presse alors que pour avoir rencontré un grand nombre de joueurs ces dernières années, ce sont de très bonnes personnes et c’est un réel plaisir de travailler avec eux. »

QUELLE EST TON EXPERIENCE LA PLUS MOTIVANTE QUE TU AS VECUE EN TANT QUE PREPARATEUR PHYSIQUE ?

« Ce n’est pas particulièrement un joueur qui m’a marqué mais l’expérience vécue avec Benjamin Mendy est celle qui m’a le plus marqué. Je me suis occupé de sa réathlétisation suite à sa rupture des ligaments croisés antérieurs à la fin de l’année 2017. L’objectif était alors de le préparer afin qu’il revienne pour la Coupe du Monde 2018 avec l’Equipe de France. C’était un énorme challenge car le timing était très restreint, ce qui fut très motivant. La période suivant sa blessure était assez compliquée dans la mesure où il ne jouait pas, mais quand il a pu reprendre progressivement la compétition en avril 2018, il y avait un véritable planning à tenir avant la diffusion de la liste des joueurs sélectionnés pour la Coupe du Monde fin mai. Le travail était donc très intéressant et j’ai même eu la chance de faire la préparation de Benjamin Mendy pour ce tournoi en partenariat avec Grégory Dupont, qui était préparateur physique de l’Equipe de France et qui est maintenant celui du Real Madrid. J’ai pu échanger avec lui pour établir une programmation pour Benjamin afin qu’il arrive le plus en forme possible pour le regroupement, même si nous ne savions pas encore s’il allait définitivement faire partie du groupe. Préparer un joueur pour une Coupe du Monde était une expérience très sympa. »

AS-TU UNE PHRASE DE MOTIVATION DANS TON QUOTIDIEN ?

« Je travaille beaucoup avec Olivier Kemen, ancien joueur de l’Olympique Lyonnais aujourd’hui à Niort, et on parle d’un slogan depuis pas mal de temps. On dit souvent que « c’est la bonne souffrance ». Cela fait référence au fait que sur le coup c’est difficile, on prend sur notre temps libre, mais nous sentons les bienfaits sur le terrain et donc « avec Xavier, c’est la bonne souffrance ! ». Je trouve que ça correspond assez bien à ce que je propose. »

 

Découvrez en vidéo un extrait de l’interview de Xavier Frezza.

Préparateur physique auprès d’athlètes de haut niveau, et ayant aussi la casquette de coach sportif dans une salle de sport, Xavier Frezza a pu nous éclairer sur son parcours, les spécificités de ces deux professions, son quotidien et comment il perçoit les besoins des sportifs de manière générale. Nous tenons à le remercier pour nous avoir éclairé sur tous ces points et lui souhaitons bon courage pour la période intense de préparation physique qui l’attend ces prochaines semaines.